Négociations EELV – LFI : « Aux premières difficultés, certains sont très contents d'appuyer sur le frein » – Public Sénat

C’est « do or die » pour la gauche. Alors que Fabien Roussel expliquait hier que les négociations « piétinaient » entre le PCF et la France Insoumise, les représentants des différentes forces de gauche soufflent le chaud et le froid ce vendredi. Autour de 8h du matin, même l’AFP s’emballe en annonçant un accord entre le Parti socialiste et LFI, ce que la direction du PS corrige quelques minutes plus tard, préférant parler de « document » actant « des points de convergence. » Quelques heures plus tard, Olivier Faure annonce interrompre les négociations avec LFI. Les raisons exactes de ce revirement restent floues, mais une chose est certaine : les tractations sont intenses entre LFI et les autres forces de gauche. Du côté d’EELV aussi l’ambiance dépend un peu des jours, mais Julien Bayou s’est montré très confiant sur France 2 ce matin : « J’ai bon espoir que ces négociations aboutissent dans les heures qui viennent. » Le secrétaire national d’EELV évoque même le 1er mai comme échéance potentielle pour arriver à un accord : « Imaginez le signal de lancer une bannière commune pour les législatives au défilé du 1er mai. » Il ne fera pas extraordinairement beau dimanche prochain, mais il est vrai que, pour la gauche, la photo de famille aurait du chien pour, lancer une éventuelle plateforme commune en vue des législatives. Mais les négociations entre LFI et EELV aboutiront-elles, et le cas échéant, aboutiront-elles avant dimanche ?
Pour Raymonde Poncet-Monge, sénatrice écologiste du Rhône, un échec au niveau du programme serait une excuse : « Sur le projet, cela s’est très aplani, on a un consensus sur 80 % des choses. Quant aux 20 % de dissensus, il y a eu un travail volontaire du côté de LFI avec Manon Aubry pour s’entendre sur des reformulations qui tiennent compte de notre identité. Sur l’Europe, la désobéissance civile non-violente c’est aussi dans notre culture. Rien ne justifierait que cela n’aboutisse pas. » Elle est rejointe par son président de groupe, Guillaume Gontard, pour qui « il n’y a rien d’insurmontable sur le programme. » Le sénateur de l’Isère ironise : « Si le PS est arrivé proche d’un accord, on devrait y arriver sans trop de problèmes. » D’ailleurs, les bruits de couloirs tendent plutôt à penser que la fumée blanche ne serait pas si loin d’après lui : « Ce que j’entends c’est qu’on est très proche d’un accord, c’est de très bon augure. » Là aussi, Raymonde-Poncet Monge semble du même avis. Elle estime qu’EELV et LFI ont fait « 90 % du chemin » et que « si on ne fait pas les 10 % restants, c’est qu’on ne voulait pas les faire. »
Mais alors, quels sont les blocages qui empêchent ces « 10 % » d’être franchis ? La sénatrice du Rhône, qui avait soutenu la motion « Souffle » de l’aile gauche lors du Congrès, estime que « dans les équipes de négociation, certains auraient aimé une autre alliance. Aux premières difficultés, ils sont donc très contents d’appuyer sur le frein. » Ceux qui « freinent » à EELV reprochent à Jean-Luc Mélenchon ses prétentions hégémoniques, mais Guillaume Gontard ne partage pas ces craintes, et pense pouvoir « arriver à un accord en gardant la spécificité de chacun. » Il salue d’ailleurs l’idée de former un « intergroupe parlementaire » et évoque même la possibilité de s’en inspirer entre les groupes écologistes, communistes et socialistes du Sénat : « Le Sénat doit aussi s’adapter aux modifications de cette structure politique. Les trois groupes de fauche travaillaient déjà régulièrement ensemble, mais on pourrait avoir quelque chose de beaucoup plus fort. » La réticence de certains agace même Raymonde Poncet-Monge : « Qu’est-ce que nous aurions fait si nous étions à 22 % et LFI à 4 % ? Qu’est-ce que le PS aurait fait à 22 % et LFI à 1,7 % ? Il ne faut pas pousser, tout le monde a des pulsions hégémoniques, tout le monde ! On veut être respectés et maintenir notre identité, mais si on a un groupe je ne vois pas ce qui nous empêchera de faire tout ça. »
Guy Benarroche, sénateur écologiste des Bouches-du-Rhone, se montre un peu moins enthousiaste. « Il y a une volonté certaine d’aboutir à un accord, mais les discussions ne permettent pas de penser que c’est acquis, surtout qu’il faudra d’abord un accord entre EELV et LFI, puis plus globalement avec la totalité des partenaires. » En revanche les sénatrices et sénateurs écologistes sont d’accord sur un point : ce sont les négociations autour des circonscriptions qui sont les plus ardues. « Ça bloque sur les circos, il faut être honnête », affirme Raymonde Poncet-Monge. « Surtout que le bilatéral c’est bien mignon, mais il faudra ensuite voir avec le PCF et le PS, parce que si on veut préserver les sortants, on déforme la représentation du 1er tour. »
Guy Benarroche souligne aussi le problème que pose « tout ce qui est négociation » : « Même si les gens n’aiment pas, c’est nécessaire, parce que qui dit accord programmatique, dit accord national sur toutes les circos, ce qui veut dire complexification des choses à la fois sur le nombre d’élus, mais aussi tous les financements publics. » Et à ce niveau-là, ce qui bloque, « n’est même plus forcément partisan », puisque les circonscriptions évaluées comme gagnables par les partis politiques ne sont pas les mêmes entre EELV et LFI : « On n’est même pas d’accord sur les circos à cibler. Celles sur lesquelles on travaille sont celles que LFI a définies. Ce sont simplement des analyses politiques différentes selon le type de circonscriptions que nos équipes maîtrisent. »
Aussi techniques qu’elles soient, les difficultés de ce type ne sont pas insurmontables, estime Guillaume Gontard, qui voit plutôt « une période de recomposition intéressante », qui montre « que ce n’est pas si compliqué » : « Moi je me suis toujours battu pour qu’on arrive à travailler ensemble, j’ai été élu sur une liste de rassemblement. On a par exemple une réunion dans deux jours, à la demande des différents prétendants [à être candidat] écologistes et France Insoumise pour voir comment on peut réfléchir. Je trouve ça plutôt sain de discuter aussi au niveau local et de le faire remonter au niveau national. »
Surtout, face à l’enjeu « historique », le président du groupe écologiste alerte sur un échec des négociations, « qui ne serait pas compris. » Raymonde Poncet-Monge va même plus loin : « Si on n’y arrive pas, on va passer la moitié de notre temps à dire que c’est la faute de l’autre, on ne parlera pas de climat ou de mesures sociales. Ça va phagocyter la campagne dans les médias et même les gens vont nous le dire. Ce sera catastrophique, sur les marchés on va se faire castagner, et le porte à porte, ce serait plus prudent de ne pas le faire. » Pour s’éviter une telle campagne, la gauche a encore jusqu’au 15 mai pour investir ses candidats.

source

https://2macp.fr/gestion-de-la-negociation/

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