Cap sur la relocalisation des achats – Stratégie achats – Decision-achats.fr – Decision-achats

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Stratégie achats

La crise du Covid-19 a mis en exergue la dépendance de la France aux producteurs étrangers, et notamment asiatiques. Les exemples les plus médiatisés sont les masques et les médicaments. Mais d’autres secteurs sont touchés : les industries qui utilisent des composants électroniques ou des métaux lourds, les entreprises de textile, etc. Au programme : rupture des chaînes d’approvisionnement et hausse des prix. Face à ce constat, le gouvernement a rapidement parlé de la relocalisation de certaines productions « critiques ». Différentes mesures en ce sens ont été prises, comme un projet de relocalisation de la production de paracétamol d’ici à trois ans, mais aussi une baisse des impôts de production à destination des industries. Sur ce sujet de la relocalisation, les directions achats ont clairement un rôle à jouer.

L’étude AgileBuyer/CNA sur les tendances et priorités des départements achats suite au Covid-19 révélait que 25% des entreprises envisagaient de relocaliser une partie de leurs achats, contre 16% tout début 2020. Une accélération de ce sujet est en effet à prévoir, notamment impulsée par la direction générale et/ou les actionnaires. Les achats doivent d’ailleurs se saisir de cet effet de mode pour davantage travailler avec des fournisseurs français : c’est le moment ou jamais !
Car la relocalisation des achats est intéressante à plusieurs points de vue. Et elle n’est d’ailleurs pas nouvelle pour les directions achats. « Le sujet de la relocalisation des achats a débuté il y a environ 5 ans, lorsque le prix de la main d’oeuvre a augmenté en Chine et que le TCO des produits chinois devenait de moins en moins intéressant« , rapporte Christophe Durcudoy, associé chez Argon & Co. Autre élément qui a poussé à se poser la question de la relocalisation des achats : une meilleure réactivité des fournisseurs de proximité. « Les entreprises ont du mal à prévoir le comportement des consommateurs et une chaîne d’approvisionnement agile, réactive, est de plus en plus nécessaire. Ce qui est impossible avec les pays d’Asie qui exigent de commander plusieurs mois à l’avance de grandes quantités de produits », constate Christophe Durcudoy. Ce point s’est exacerbé avec la crise du Covid, les délais d’approvisionnement s’étant allongés. Des ruptures d’approvisionnement ont également eu lieu, ce qui a incité les directions achats à réfléchir encore plus sérieusement à se fournir localement. L’étude AgileBuyer/CNA révélait que, pour les entreprises, relocaliser en France ou en Europe permet avant tout de sécuriser les approvisionnements (92%). « Les entreprises ne souhaitent pas relocaliser par patriotisme économique, mais parce que cela leur permet d’éviter des ruptures d’approvisionnement et d’améliorer le time to market. Cela leur permet également de faire plaisir à deux types de clientèle : la ménagère et les clients publics », observe Olivier Wajnsztok, directeur associé d’AgileBuyer.
Lire aussi : Comment faire face à la hausse des prix ?
En effet, les consommateurs sont de plus en plus sensibles au Made in France. D’après une étude Insign/Opinionway de juillet 2020, le confinement a poussé les Français à acheter local : 69% des consommateurs ayant l’habitude d’acheter de temps en temps des denrées alimentaires produites en France ont davantage consommé français durant le confinement, et 58% de ceux qui en achètent rarement ou jamais s’y sont mis. Surtout, 92% envisagent de poursuivre ces nouvelles habitudes d’achat. À noter que cet attrait pour le « Made in France » se concentre sur trois secteurs : l’alimentation (91% envisagent d’acheter des aliments français), la beauté et l’hygiène (83%) et l’habillement (76%). Les motivations des consommateurs pour acheter français : soutenir les entreprises françaises, contribuer à la préservation de l’emploi, mais aussi privilégier les circuits courts.
Car derrière la relocalisation des achats se cachent aussi des enjeux RSE. L’étude AgileBuyer/CNA rapporte d’ailleurs que 64% des directions achats souhaitent relocaliser pour réduire l’impact environnemental. En effet, aller chercher des produits très loin a des impacts négatifs sur les bilans carbone. Annie Sorel, fondatrice et présidente de l’agence d’éco-achats ASEA et vice-présidente de l’ObsAR, rappelle quant à elle qu’acheter local permet de contribuer à créer des emplois locaux : « Un des enjeux des achats responsables est de développer son territoire », souligne-t-elle.

Christophe Jan, directeur achats France d’Orange, rapporte avoir mené des études pour mesurer le ruissellement sur l’économie locale des achats réalisés. « Les effets sont significatifs, notamment concernant les travaux réseaux », rapporte-t-il. Développer des emplois sur son territoire permet parallèlement d’éviter d’avoir recours à des emplois précaires à l’autre bout du monde et de se prémunir contre des risques tels que le Rana Plaza.

Christine Larsen

« Aujourd’hui, la gestion des risques fournisseurs est un impératif pour les donneurs d’ordres. S’approvisionner dans des pays lointains peut parfois induire des risques opérationnels et RSE additionnels », note Christine Larsen, associée Grant Thornton. Autre risque : celui de la qualité. Pour les fibres, par exemple, Christophe Jan a préféré acheter européen plutôt que chinois. « Les fibres sont installées pour au moins dix ans, nous devons être vigilants : les produits chinois n’ont pas passé les tests de qualité. »

Christine Larsen

Christine Larsen
« Aujourd’hui, la gestion des risques fournisseurs est un impératif pour les donneurs d’ordres. S’approvisionner dans des pays lointains peut parfois induire des risques opérationnels et RSE additionnels »,

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