« Gérer les crises qui se succèdent et essayer de se projeter » – La France Agricole

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Dans cet entretien accordé à La France Agricole le 7 octobre 2022, Marc Fesneau, le ministre de l'Agriculture, répond à l'inquiétude sur la flambée du prix de l'énergie et sur la suite des négociations commerciales. Mais aussi sur d'autres dossiers. Interview.
“La grippe aviaire, la crise porcine, le gel de 2021, la crise ukrainienne et la sécheresse mettent en tension l’ensemble des écosystèmes agricoles sur la question de la rémunération et de leur capacité à faire face, commence le ministre de l’Agriculture Marc Fesneau. C’est un moment très compliqué pour toutes les filières et donc pour tous les agriculteurs. Ma volonté est de gérer les crises qui se succèdent mais aussi d’essayer de se projeter sur les sujets de transition, notamment celui du dérèglement climatique, ses conséquences et des moyens pour s’adapter. Mais c’est compliqué de se projeter sans une vision stabilisée de la situation. Avec la guerre en Ukraine, on voit que le monde agricole dépend fortement du sujet énergétique et notamment du gaz.”

Justement, quelles sont les mesures que le gouvernement peut prendre pour aider les différents maillons de la chaîne alimentaire à faire face à la flambée du coût de l’énergie ?
Une grande partie de la solution est au niveau européen avec l’obtention d’un bouclier sur le prix du gaz et la décorrélation du prix de l’électricité avec celui du gaz. Nous devrions avancer cette semaine (NDLR: la semaine du 10 octobre 2022) avec plusieurs échéances au niveau européen. Cela devrait permettre d’enrayer cette flambée folle des prix de l’énergie.
Au niveau national, nous allons réunir cette semaine l’ensemble des filières avec ma collègue Agnès Pannier-Runacher, sur la prolongation des mesures d’accompagnement et d’amoindrissement des effets du coût de l’énergie dans le cadre du plan de résilience que nous avons mis en place dès les premiers jours du conflit. Un premier bouquet de mesures pris en juillet ne correspondait pas bien aux réalités agricoles, notamment la saisonnalité, les années de références ou les taux. Une notification a été faite à Bruxelles pour que davantage d’entreprises puissent accéder à ces mesures.
Et je souhaite rappeler que grâce aux différents boucliers tarifaires et à l’ARENH (qui régule le prix de l’énergie nucléaire) la France est le pays qui a le plus protégé ses citoyens et ses entreprises face à la hausse des prix de l’énergie. Il ne faut pas l’oublier.
Par ailleurs, il y a un enjeu de sobriété, c’est ce qui nous permettra d’éviter des mesures de rationnement. Tout un travail a été mené par les préfectures et les services de Bercy pour identifier les secteurs à préserver en particulier dans  les activités agricoles et alimentaires essentielles pour l’alimentation humaine et animale. Il faut faire en sorte qu’aucun maillon ne soit trop déstabilisé pour éviter des répercussions sur toute la chaîne alimentaire.

Concernant les lois Egalim, des enseignes continuent de ne pas jouer le jeu. Le président de la République s’est déclaré ouvert à une modification de la loi si nécessaire. Doit-on s’attendre à une ouverture prochaine de travaux en faveur d’une loi Egalim 3 ?
Egalim 2 a été votée en octobre 2021, c’est-à-dire il y a un an. Les négociations menées avant la guerre en Ukraine ont abouti à une progression du prix moyen de 3,5 %. Pour la première fois en dix ans, nous avons cassé la spirale déflationniste. Egalim 2 a ainsi rempli un certain nombre de ses objectifs. Mais la guerre est venue percuter tout cela avec de nouvelles demandes de hausse de prix liées notamment à l’explosion du coût de l’énergie. Pour certains produits, on en est aujourd’hui à la 9e ou 10e demande. 
Notamment parce que la loi Egalim 2 a permis de rouvrir des négociations commerciales après la clôture des négociations commerciales annuelles, certains distributeurs ont estimé qu’on changeait les règles dans la mesure où la négociation avait été menée pour l’échéance du 1er mars. Les hausses ont donc été passées avec trois, six ou huit semaines de retard et des entreprises ont perdu de l’argent. Il faut cependant distinguer les marques de distributeurs pour lesquelles les hausses ont été passées plus rapidement et les marques nationales pour lesquelles une vraie bataille a lieu avec la grande distribution.
“Sans contractualisation, Egalim 1 et 2 ne peuvent pas fonctionner”, Marc Fesneau
J’en viens à un autre point, celui du prix du lait. Cet été, des distributeurs proposaient dans leurs rayons le lait à 0,64 euro/litre. Un tel prix ne permet pas de rémunérer les éleveurs. La plupart des enseignes ont donc déclaré qu’un litre de lait à un euro n’était pas incohérent compte tenu des augmentations de charges à la production. Les transformateurs ont dit d’accord pour un prix d’objectif pour les éleveurs de 500 euros les 1000 litres. Mais un certain nombre d’entre eux n’ont pas fait de demandes de hausse pour les producteurs car ils veulent que l’on passe en même temps leurs propres demandes. Je vais revoir les transformateurs y compris les coopératifs cette semaine (NDLR : la semaine du 10 octobre 2022).
Maintenant, j’entends les demandes de certains acteurs qui posent la question de comment on va plus loin, de comment on corrige les défauts de la loi. À ce stade ma priorité, comme l’a dit le président de la République, c’est de regarder ce qui fonctionne bien ou ce qui peut être encore amélioré dans Egalim2. L’objectif premier d’Egalim était la rémunération des agriculteurs. Si on dit que cela concerne aussi celle des transformateurs, on rentre dans un schéma différent.
Autre sujet : l’annualité des négociations ou pas ? Une grande majorité préférait l’annualité. Les faits montrent que ça ne marche pas quand on est percuté par des chocs extérieurs forts. Il n’est donc pas illégitime de se poser la question d’une plus grande régularité pour éviter ce genre de difficulté.
Au final, on peut dire qu’Egalim 2 a bien démarré jusqu’à la guerre en Ukraine et que grâce à Egalim 2 on a pu rentrer dans un nouveau cycle de négociations essentiel pour les agriculteurs. Mais il faut aussi une prise de conscience collective. Chacun doit prendre ses responsabilités, notamment la distribution dans le dialogue avec les consommateurs pour expliquer que si les charges des producteurs augmentent de 25 ou 30 %, cela doit se retrouver in fine dans le prix en rayon. 50 euros de plus par 1000 litres de lait pour le producteur, c’est 5 centimes par litre de lait pour le consommateur. Avec une telle augmentation, la filière résiste. Et il faut que chacun prenne ses responsabilités : sans contractualisation, Egalim 1 et 2 ne peuvent pas fonctionner. L’organisation des filières est aussi essentielle, notamment pour mieux lutter à l’export.

Si on regarde le cas de la contractualisation en viande bovine exigée par Egalim 2, il y a très peu de contrats signés entre les éleveurs et les premiers acheteurs. Quelle est votre analyse et comment parvenir aux objectifs ? Est-ce un moyen d’enrayer la décapitalisation ?
La contractualisation est bien sûr un des moyens d’enrayer la décapitalisation. Mais elle n’est pas encore complètement dans la culture de la filière viande bovine. Le contrat heurte des pratiques et des habitudes, ce que je ne juge pas négativement. Dans le processus de décapitalisation actuel, il en va pourtant de l’intérêt des transformateurs qui se rendent compte du risque de ne plus pouvoir être approvisionnés pour un certain nombre de productions. La contractualisation permet aussi de se projeter au-delà des éléments de crise. C’est un moyen d’assurer l’adaptation et la modernisation de la filière et de la solidifier dans la durée. Les producteurs et la filière doivent se saisir collectivement de cette situation pour s’approprier rapidement les dispositions de la loi Egalim 2. C’est l’intérêt de toute la filière.

Au-delà de cette contractualisation quels sont les remèdes à cette décapitalisation ?
D’abord la rémunération. Ensuite, il faut regarder l’ensemble des enjeux qui pèsent ou pèseront sur l’élevage : la décarbonation, le bien-être animal, le dérèglement climatique… Il faut par exemple savoir quel sera le modèle herbager ou laitier dans un contexte de changement climatique.  On doit donc intégrer toutes les contraintes à venir et expliquer quelles seront les modalités d’accompagnement, car c’est comme ça que l’on reconstruira des filières fortes et résilientes. L’objectif est d’arriver par la planification à stabiliser des scénarios car c’est de nature à donner de la confiance dans l’avenir. Pour un certain nombre de productions, on dépend des importations. Nous devons essayer de retrouver de la productivité et de la compétitivité pour reconquérir des marchés, y compris dans ce contexte de tendance lourde de baisse de la consommation de viande.

Un rapport du Sénat dénonce le « tout montée en gamme » qui laisse entrer sur notre territoire des produits « cœur de gamme ». Partagez-vous cet avis sur le déclin de notre agriculture ? Que faut-il faire ?
Es un rapport de qualité qui pose des questions justes. Il s’agit d’une tendance majeure avec un non-dit collectif qui est celui de la « montée de gamme » sans s’être posé la question de l’évolution du comportement des consommateurs et celle de leur pouvoir d’achat. C’est un peu ce que l’on vit actuellement avec le bio. On a un besoin d’une montée de gamme, mais il faut aussi répondre à une demande sur des produits d’entrée de gamme.
Par ailleurs, on ne peut pas faire comme si on vivait sur une île déserte. Le bon échelon pour élever notre niveau d’exigences est celui de l’Union européenne. Il nous faut avancer dans la transition agroécologique et la réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires autour d’efforts communs et concertés au niveau européen, et mis en œuvre dans tous les États membres selon des règles harmonisées. Depuis 25 ans, on a introduit de nombreuses contraintes ou interdictions sans se soucier de ce qui se passait au-delà de nos frontières européennes.
“On a perdu des parts de marchés sur notre marché intérieur par nos concurrents”, Marc Fesneau
Et on a perdu des parts de marché  sur notre marché intérieur par nos concurrents. Pour éviter les distorsions de concurrence, les efforts demandés se doivent non seulement d’être appliqués de manière équitable dans tous les pays de l’Union européenne (UE), mais également aux produits importés dans l’UE afin de ne pas placer les producteurs européens dans des conditions de distorsion de concurrence. Enfin, réduire et arrêter l’utilisation de produits phytosanitaires suppose des alternatives sérieuses et opérationnelles pour permettre à nos agriculteurs de favoriser de nouvelles pratiques économiquement viables. L’idée est donc de se dire : « on soutient massivement la recherche d’alternatives et dès que cela est possible et nécessaire on interdit ».
Les pouvoirs publics, l’État et les collectivités, et les restaurateurs ont également une responsabilité pour acheter et promouvoir des produits de qualité.

Derrière, il y a aussi la question de la compétitivité avec le coût du travail notamment…
Cela dépend des filières. Pour les fruits et légumes on a effectivement un sujet « coût de la main-d’œuvre » car sa part est très importante dans le prix du produit. Pour la filière viande, ce n’est pas tellement la compétitivité au niveau des producteurs mais plutôt celle des transformateurs avec là aussi l’importance du coût de la main-d’œuvre. On a d’ailleurs mis en place un plan de modernisation des abattoirs car on avait pris un retard très important.
Emmanuel Macron a ouvert le 9 septembre une concertation de six mois autour d’un pacte d’orientation et d’avenir agricole en faveur du renouvellement des générations. Près d’un mois après, Jeunes agriculteurs a exprimé son impatience au Sommet de l’élevage à Cournon. Quand cette concertation va-t-elle commencer ?
C’est un peu dur car on essaye de prendre les sujets par ordre d’urgence. Ce sont les mêmes qui m’ont réclamé, à juste titre, des mesures sur les calamités. Je comprends leur impatience. Mais cela va démarrer courant octobre avec un volet national et un volet territorial.
La moitié d’une génération va pouvoir partir à la retraite dans les dix ans. Nous avons besoin d’un cadre ambitieux, car si on ne parvient pas à renouveler les générations, on ne pourra pas renforcer notre souveraineté. Mais si on arrive à en faire un objet de transformation et de transition, ça peut être un levier très puissant.

Sur quelle transformation doit aboutir ce pacte ?
Je pense que nous ne sommes pas simplement dans une logique de transmission-reprise. On doit être dans un processus de transmission-transition, c’est-à-dire qu’on s’assure, dans le process d’installation, que le jeune ou le moins jeune qui s’installe, est bien dans un système capable de faire face au dérèglement climatique et aux grandes transitions.
D’où le fonds innovation évoqué par le président de la République qui doit permettre d’installer sur le modèle qu’on estime en phase avec le dérèglement climatique et avec toutes les contraintes que cela va entraîner. Au niveau territorial, c’est intéressant d’analyser ce que ce dérèglement produit sur le plan de l’installation. La question ne se pose pas avec la même acuité que vous soyez en Poitou-Charentes ou dans le Grand Est par exemple. Il faut donc qu’on arrive à penser un modèle qui soit territorialement installé si je puis dire. D’où la nécessité d’une déclinaison à l’échelle régionale.
Les acteurs principaux sont pour moi l’État et les régions parce qu’elles ont un volet installation, les aides du second pilier de la Pac, les outils et les aides économiques. Mais aussi le monde agricole et les chambres d’agriculture qui ont un rôle particulier à tenir puisque ce sont elles qui sont capables de massifier le dispositif. Mon obsession c’est plutôt d’aller chercher, non pas ceux qui sont le plus en pointe, mais tous ceux qui sont aujourd’hui installés ou qui vont s’installer afin qu’ils puissent s’inscrire dans cette logique de transition. Les industries de l’amont et de l’aval ont aussi une responsabilité sans précédent pour soutenir cette transition. Il faudra que chacun prenne sa part.

Le gouvernement entame une concertation sur une réforme des retraites. Comment l’envisagez-vous pour les non-salariés agricoles ? La FNSEA réclame notamment un calcul basé sur les 25 meilleures années de revenus et non sur la totalité de la carrière comme aujourd’hui.
Il faut d’abord avoir une réflexion globale à l’échelle des non-salariés et des salariés. Le système tel qu’il était construit produisait de faibles pensions de retraite pour les exploitants agricoles. La loi Chassaigne – il faut reconnaître le combat du député André Chassaigne – a permis sur un certain nombre de points d’améliorer les choses.
Pour tout le monde, y compris les agriculteurs, il faut qu’on ait un minimum qui permette de vivre. L’idée n’est pas de recréer des régimes spéciaux. Le mécanisme de départ à la retraite doit cependant être déclenché de manière différenciée selon la nature et l’usure professionnelle. Une part très significative d’agriculteurs souffre en effet de pénibilité.

Comment mesurer cette pénibilité ?
C’est un débat ancien et très compliqué. Le chantier va s’ouvrir. Je reconnais que le travail sur les critères est difficile. Il faut peut-être l’envisager production par production.
Face à la sécheresse, le calendrier de versement des aides du fonds des calamités a été accéléré avec le paiement d’un acompte de 50 % dans certains départements avant le règlement du solde en fin d’année. Une mesure suffisante pour permettre aux éleveurs de faire face ?
Les échos que j’ai eus sont plutôt positifs. Ce que j’entends d’abord, y compris avec le risque de décapitalisation en élevage bovin, c’est un problème immédiat de trésorerie. Avec ce qu’on a fait par ailleurs pour les aides Pac (N.D.L.R : une avance des aides Pac sera versée à partir du 16 octobre), on remet dans le circuit 1,5 milliard d’euros. Ce n’est pas de l’argent en plus. Mais ces mesures sont de nature à soulager la trésorerie.
Lors de ma visite au Sommet de l’élevage, j’ai demandé aux éleveurs s’ils avaient bénéficié de l’aide résilience pour l’alimentation animale (N.DL.R. : dont le dépôt des demandes s’est clôturé en juin). Et  des éleveurs bovins lait ou bovins viande m’ont dit avoir effectivement touché 10 000 €, 15 000 € ou 20 000 € du plan résilience animale.
Après avoir soulagé les trésoreries, nous verrons s’il y a des besoins d’appui complémentaires ou s’il y a des agriculteurs qui ne peuvent pas bénéficier de ces différents soutiens. Je ne suis pas fermé à la discussion. Déployons déjà les aides calamités sécheresse. À partir de là on verra s’il y a des difficultés particulières.
Je constate par ailleurs qu’au niveau du cycle prairial, dans certains endroits, il peut avoir replu depuis le 15 août. Les repousses, même si elles ne sont pas énormes, peuvent soulager certains éleveurs. Mais cela n’est pas valable partout comme chez moi (N.D.L.R : le Loir-et-Cher) où la fin de la sécheresse est encore assez virtuelle. Il y a aussi des endroits où la prairie est à refaire.

Dans la nouvelle offre d’assurance-récolte pour 2023, les non-assurés seront moins bien indemnisés avec une dégressivité mise en place jusqu’en 2025. L’offre assurantielle sera-t-elle prête dès le 1er janvier 2023 pour toutes les productions ?
Nous avons réussi à atterrir sur un système pour l’ensemble des filières où chacun accepte l’augmentation de cotisations et la prise en charge par l’État.
Concernant la dégressivité, il s’agit d’inciter à l’assurance. J’ai moi-même acté le principe d’une dégressivité moins forte que ce que proposaient certaines organisations lors des discussions afin que chacun puisse s’approprier la réforme. J’ajoute que certains voulaient rendre l’assurance obligatoire mais ça n’a pas été retenu. Mais s’assurer est un choix de gestion, il faut donc traiter les agriculteurs comme des gens responsables ce qu’ils ont toujours été.
“C’est maintenant aux assureurs de faire des offres”, Marc Fesneau
Maintenant que les assureurs disposent de tous les éléments et que le modèle économique est de nature à les rassurer, c’est à eux de faire les offres. Nous y prêterons une attention particulière d’ici la fin de l’année au-delà des offres classiques pour les grandes filières.
C’est pour cela que nous travaillons sur la question du groupement d’assureurs mais qui ne sera pas prêt pour le 1er janvier 2023. Je rappelle quand même que c’est une loi votée le 1er mars 2022 qui va être opérationnelle le 1er janvier 2023. Le délai est assez contraint.
J’ai besoin d’un système qui incite les agriculteurs à y aller et qui rassure les assureurs. Ils ne vont pas couvrir un risque pour lequel ils ont des pertes.
Si nous n’avions pas fait cette réforme nous serions allés dans le mur. C’est une réforme essentielle et structurante dans la période de changement climatique que nous vivons.

Concernant plus particulièrement l’assurance des prairies, le recours à une expertise terrain sera-t-il possible dès le 1er janvier 2023 si les données satellitaires, déjà utilisées dans le régime des calamités, ne sont pas jugées satisfaisantes ?
On ne peut pas baser un système d’indemnisation sur autre chose qu’un système satellitaire. Ce n’est pas parce que la météo se trompe de temps en temps qu’on ne lui fait pas confiance. Dans 90 % des cas, voire plus, ce que dit le satellite est conforme à ce que les gens voient sur le terrain.
Ça n’empêche pas, là où il y a une différence notable, que cela puisse nécessiter une expertise terrain. Un groupe de travail va réfléchir à la manière dont nous pouvons prendre en compte ces différences.
Le système sur les prairies est un dispositif massif car il y a beaucoup de prairies, mais c’est le système le plus efficient. On ne peut pas, au moment où on est sur les calamités et où on réforme l’assurance récolte, ne plus se baser sur le satellite. Il peut se tromper mais les enquêtes terrain aussi. Il faut combiner les deux mais le principal outil reste le satellite.
Ce n’est pas le produit de la technostructure pour empêcher de payer les calamités. Il n’est pas infaillible, mais rien ne l’est. Qu’est-ce qui me permet de verser un acompte de 50 % début novembre pour un certain nombre de départements ? C’est la cartographie satellitaire. 
Les conflits sur les réserves d’eau persistent malgré les travaux du Varenne. Comment sortir de l’impasse ?
Lors du Varenne de l’eau, tout le monde s’était mis d’accord sur un certain nombre de listes d’ouvrages, de retenues ou autres. Cette semaine (NDLR : la semaine du 10 octobre 2022), je vais organiser une première revue de projets. Région par région, je veux savoir où en est le projet, et pourquoi ça bloque. Est-ce la réglementation, le financement, ou la volonté ? Il y a des projets, et maintenant, il faut qu’ils déroulent.
J’entends les opposants à tout, mais ce qu’ils proposent, c’est, à terme, la fin de l’agriculture. Avec le dérèglement climatique, il faut reposer les bases. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est le Giec. À terme, il va tomber globalement autant d’eau (hors sur quelques parties du territoire) mais surtout différemment, avec des mois d’hyper sécheresse, et d’autres d’hyper pluie ; c’est ce que j’appelle l’arythmie pluviométrique. Avec la hausse des températures et de l’évapotranspiration, la quantité d’eau prélevable au moment où on en a le plus besoin va diminuer. Il faut penser notre gestion de l’eau différemment. C’est aussi l’objet de la planification écologique. Il faudra créer des ouvrages pour collecter cette ressource et faire face aux moments de pénurie. Ces ouvrages peuvent aussi servir à la lutte contre les inondations ou la défense de la forêt contre les incendies, au soutien d’étiage et donc à la biodiversité.
Autre élément : la réutilisation des eaux traitées. Nous sommes à 1,2 % quand les Italiens sont à 14 %, les Espagnols à 12 %, et je ne vous parle pas de la Californie ou d’Israël qui est à 80 %. Il y a la technologie, des entreprises qui veulent faire, mais on bute sur des questions un peu réglementaires, un peu philosophiques. Il y a des pays qui le font et nous sommes capables d’en faire autant ! Le cadre réglementaire devra évoluer.

Que pensez du projet de la Commission européenne de réduire de moitié l’usage des produits phytosanitaires ?
Ce projet, qui est une déclinaison du Pacte vert pour l’agriculture, répond à de nombreuses demandes anciennes de la France pour plus d’harmonisation. Toutefois, le travail reste important avant d’envisager une adoption. Récemment, on était 27 [ministres européens de l’Agriculture] à parler, et je pense 20 à dire à peu près la même chose : les études d’impact doivent être complétées. Sur certaines zones dites sensibles, on nous dit « zéro produit phytosanitaire ». D’accord, mais cela donne quoi en termes de production et de capacités du système ? La priorité, pour moi, c’est le sujet de la recherche et de l’innovation, parce qu’on a besoin d’apporter des solutions dès qu’on produit de l’interdiction. Mais le bon niveau pour les produits phytosanitaires est le niveau européen. On ne peut pas à la fois vouloir des plantes plus résilientes à telle ou telle maladie et ne pas trancher rapidement la question des NBT (nouvelles techniques d’édition génomique). Il faut aller vers les NBT. C’est un processus d’accélération des processus naturels [de sélection]. Vous gagnez 10 000 ans et avec l’accélération du dérèglement climatique, ce n’est pas inintéressant.
Pour les outils de biocontrôle, il faut une règle commune. On ne peut pas avoir des pays où cela peut se faire assez vite, et d’autres où, comme chez nous parfois, ça traîne. La réduction des phytos se couple de solutions. J’ai l’impression que la crise ukrainienne est venue rappeler les consciences. L’agriculture est une arme. On l’avait un peu oublié, mais pas Monsieur Poutine. J’invite à se réarmer, et à ne pas être naïf. C’est une question de souveraineté, mais qui n’exclut pas la transition.
Où en sont les expérimentations du vaccin contre la grippe aviaire ? Et quid de la reconnaissance du statut indemne de la France par nos clients à l’export en cas de vaccination ?
La vaccination, la filière l’a demandée. On s’est battu afin d’obtenir une expérimentation indispensable pour qualifier le vaccin. Nous aurons des résultats en sortie d’hiver. S’il est qualifié, s’ouvrira un deuxième champ que tout le monde connaît : est-on capable d’avoir un dialogue avec les pays tiers pour voir comment lever les conséquences potentielles du vaccin sur le statut de la France. La France n’est d’ailleurs pas le seul État membre de l’Union européenne à tester des vaccins : les Pays-Bas et la Hongrie, par exemple, ont aussi lancé des expérimentations. Et nous avons déjà porté cet enjeu auprès des instances internationales comme l’Organisation Mondiale de la Santé Animale (OMSA).
“Avancer vers des modes d’élevage plus résilients”, Marc Fesneau
Il faut également saluer l’engagement des filières professionnelles dans les actions de prévention et de surveillance. Le plan de 1,1 milliard d’euros ne vise pas simplement à indemniser. Il vise aussi à faire en sorte qu’on dédensifie, qu’on essaie de raisonner un peu différemment la stratégie dans une logique d’endémisation du virus, que l’on avance vers des modes d’élevage plus résilients. Et le vaccin est un élément parmi un éventail d’outils.

Quelle est l’ambition du gouvernement sur les dégâts de gros gibiers ?
Il y a plusieurs sujets. D’abord, on a l’augmentation des coûts d’indemnisation, largement lié au coût des matières premières. Il faut essayer de le régler par le mécanisme de solidarité. Le deuxième élément est le débat ouvert avec la Fédération nationale des chasseurs. Il faut que soient prélevés plus de sangliers, beaucoup plus de sangliers. Sans compter que les densités actuelles en forêt vont poser des problèmes aux forestiers, avec le retour de la discussion ancienne de l’indemnisation des dégâts en forêt.  
Des mesures de prévention et de régulation sont à la fois nécessaires. Il n’y a pas d’autres voies. Cela n’empêche pas qu’on puisse, monde agricole et cynégétique, ouvrir des questions sur la place de la haie, la biodiversité… Étant chasseur et élu rural, je vois de quoi je parle. On ne peut pas avoir une chasse basée uniquement sur la question du sanglier. Le petit gibier est un élément important y compris pour la dynamique cynégétique, pour attirer des gens.
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