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Exclusif – Marseille : des taxis attaquent les VTC et Uber…

Par Laurent D’ANCONA
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Jeudi 20 décembre 2018. 9 h 55. Place Castellane. Marseille. Anthony (*) tapote sur le clavier de son smartphone et commande un VTC pour se rendre à l’hôtel Best Western du Prado (8e), via l’application Uber. Quatre minutes plus tard, le chauffeur, Malik, déboule au volant d’une Renault Talisman noire et dépose le passager à destination. Sur le trottoir d’en face, un homme lève la main. Il hèle le Uber, lui demande s’il peut le conduire à une autre adresse. Malik accepte, sans hésiter. Tout en roulant, il demande au client confortablement lové à l’arrière d’effectuer une réservation classique, “vous devriez tomber sur moi“, glisse-t-il, habitué. Après un essai infructueux, c’est effectivement le cas : Uber propose le “bon” chauffeur. Le conducteur n’a plus qu’à accepter la course, déjà entamée, et désormais légalisée en direct par la plateforme. À 10 h 32, le passager descend et remercie, en souriant…
Mais pas sans arrière-pensée : sa mission est accomplie. Les traces de cette course ont été capturées, imprimées, et soigneusement rangées dans un classeur. Dans ce dossier “confidentiel et personnel” que nous avons pu consulter, on trouve des photos du trajet prises à bonne distance par des complices en filature. Tous ont la même profession : détectives privés. Ils ont été engagés par une agence chargée d’enquêter sur le fonctionnement des VTC à Marseille. Entre décembre 2018 et juillet 2019, plusieurs de ces opérations “clandestines” seront reconduites aux quatre coins de la ville, avec généralement le même résultat : des clients dit “mystères” sont parvenus à prendre des VTC “à la volée”, ou encore, à se faire attendre par des chauffeurs sur leur lieu de rendez-vous après un trajet aller.
Rien d’anecdotique : ces pratiques contreviennent au Code des transports qui régit la profession de chauffeur VTC. En effet, la loi Thévenoud votée en 2014 en pleine fronde des taxis prévoit que ces derniers conservent le monopole légal des maraudes. À l’inverse, les VTC ne peuvent charger un client que sur réservation préalable. Par ailleurs, toujours selon ce texte, s’ils n’ont pas plusieurs courses réservées à l’avance qui s’enchaînent, les VTC sont obligés de rentrer à leur “base”, ou en dehors de la voie publique, par exemple dans un parking payant pour attendre la prochaine réservation. Un moyen de les empêcher de guetter le chaland aux abords des aéroports, pré carré des taxis. Seul bémol : ces derniers doivent eux aussi repasser par la case “garage” s’ils ne se situent pas dans leur zone de stationnement. “Selon ces articles, les VTC n’ont pas vocation à concurrencer les taxis. Le cadre de leur exercice professionnel respectif se distinguant par la mise en relation entre chauffeurs et clients”, rappelle Me Rossi-Arnaud.
L’avocat marseillais est à l’origine des investigations menées au nom de trois artisans-taxis s’estimant “lésés” par “les infractions” commises par les VTC et leurs exploitants. Décidés à en découdre, ils se sont lancés dans une offensive judiciaire incertaine et inédite, ciblant particulièrement la puissante plateforme californienne. Le bouquet final a explosé le 17 juillet dernier : Me Silvio Rossi-Arnaud a déposé une plainte pénale devant la procureure de la République de Marseille pour “association de malfaiteurs en vue de commettre une escroquerie en bande organisée” et “exercice illégal de la profession de taxi”. Elle est actuellement étudiée par le parquet qui doit décider des suites à donner… “J’espère bien que le parquet va lancer des investigations poussées, appuie Me Rossi-Arnaud. Déjà, nous avons prouvé que les VTC prennent des clients à la volée. Mais encore, qu’ils ne respectent pas leur obligation de retourner à leur base, par exemple chez eux, entre une course et une autre. Ils se comportent comme des taxis sans en avoir le droit.
Plus que les chauffeurs de VTC, souvent des jeunes hommes sans emploi issus des quartiers populaires, rêvant de devenir leur propre patron, mais qui se retrouvent soumis à des cadences infernales pour des revenus décevants, l’attaque vise les “commanditaires” et grands gagnants de cette dérégulation à marche forcée : “Les plateformes comme Uber non seulement ne peuvent pas ignorer ces violations, qu’elles constatent au quotidien grâce à la géolocalisation de leur flotte et aux registres des courses, mais en plus, elles les incitent et les couvrent a posteriori. Leur intérêt est évident : elles touchent 35 % sur chaque course. Leur modèle économique est fondé sur cette illégalité.
Calculette en main, les taxis ont fait leurs comptes. Et ils ne sont pas bons : “On estime que si les VTC devaient retourner à leur base, ils feraient en moyenne cinq courses au lieu de vingt-cinq“. “Dans cette affaire, on a trompé tout le monde, s’emballe Me Rossi-Arnaud. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a pas de bases ! C’est comme si on se vantait d’avoir installé une flotte de voitures électriques mais qu’il n’y avait aucune borne de recharge. Alors, ils tournent et guettent les clients à la sortie des discothèques, des gares, des aéroports…” Le résultat de ce “détournement de clientèle” tue à petit feu les taxis, estiment ces derniers : “60 000 VTC se sont implantés en cinq ans en France, là où, en cinquante ans, 68 000 taxis ont chèrement payé une licence pour avoir des droits. Aujourd’hui, un transporteur sur deux est un VTC. On peut donc estimer que les taxis perdent 50 % de leur chiffre d’affaires.”
Pour appuyer sa plainte, l’avocat ne s’est pas contenté de mobiliser une société de détectives privés. En juillet 2020, il a également sollicité le tribunal judiciaire de Marseille pour une demande singulière : que la justice autorise un huissier à enquêter sous couverture en se faisant, à son tour, passer pour un client lambda. Une requête accordée par la présidente qui a reconnu “la nécessitéd’agir “non contradictoirement“. Ainsi, entre le 11 mars et le 12 mai 2021, l’officier a fait tourner en boucle son application VTC. Ses conclusions sont accablantes : “Aucun des chauffeurs n’arrivait ni ne repartait à sa base. Je n’ai également essuyé aucun refus pour une nouvelle prise en charge alors qu’il fallait m’attendre“, écrit-il dans son rapport contenant vingt-sept captures d’écran et clichés photographiques.
Interrogé sur ces accusations, Uber France assure ne pas être “informé de l’existence de cette plainte“, et convient, la main sur le coeur, que “les chauffeurs VTC doivent, à la fin d’une course, rentrer à leur base ou aller se garer hors de la chaussée, en attente de la prochaine course. Par ailleurs, il est interdit à ces chauffeurs de circuler ou stationner sur la voie publique dans le but de proposer une offre de transport sans autorisation afférente. Nous rappelons à la fin de chaque course ces règles aux chauffeurs utilisant l’application“, jure la société. “Nous avons prouvé le contraire ! Nous ne sommes pas dans une concurrence sauvage ou déloyale. Il s’agit bien d’une concurrence illégale au caractère endémique et systémique“, balaient les plaignants. Toutefois, feignent-ils de s’étonner, ces pratiques “ostensibles” ne suscitent “curieusement, pas la moindre réaction des autorités“. Une tolérance faisant forcément écho au scandale de Uberfiles révélé entre autres par Le Monde et le Guardian peu avant l’été.
Cette fuite massive de documents internes avait, entre autres, décrypté comment, entre 2014 et 2016, Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie, avait oeuvré en coulisse en faveur de la société de VTC contre l’avis du gouvernement auquel il appartenait. “Il y a eu la volonté au plus haut niveau de permettre l’implantation massive et agressive de Uber sur le marché, quitte à fermer les yeux sur des comportements illégaux, grince l’avocat. Mais si ma plainte prospère et qu’on devait faire une application stricte de la loi, aime-t-il imaginer, tous les VTC devraient du jour au lendemain rester chez eux.
(1) Les prénoms ont été changés.

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