Pouvoir d'achat : une notion pertinente ? | vie-publique.fr – Vie publique.fr

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Le pouvoir d'achat est une réalité quotidienne pour les Français. C'est aussi un outil statistique élaboré et utilisé par l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Ressenti au quotidien et chiffres sont toutefois souvent en décalage. Mais à quoi correspond exactement la notion de pouvoir d'achat ?
Par  La Rédaction

Temps de lecture  13 minutes
Sondages d’opinion et campagnes électorales en sont l’écho : le pouvoir d’achat qui a été un sujet de campagne de l’élection présidentielle de 2022 est une préoccupation majeure des Français. Plus récemment, le Gouvernement a présenté un projet de loi pour la protection du pouvoir d’achat. Ce texte qui prévoit notamment un plafonnement de la hausse des loyers pendant un an, des primes pour les salariés ou encore des dispositifs de sécurité énergétique est en cours d’examen à l’Assemblée nationale depuis le 18 juillet 2022.
Entre ressenti des ménages et chiffres des économistes, le décalage peut être flagrant. Si un statisticien établit une augmentation du pouvoir d’achat, le consommateur constatera qu’à un moment donné du mois, il n’est plus en mesure d’acquérir les biens ou les services qu’il aurait pu acheter auparavant à la même date.
Plus que le pouvoir d’achat en lui-même, c’est donc son évolution qui intéresse les ménages, les économistes et les politiques, au travers respectivement de leur ressenti, de leurs analyses ou encore de leurs actions.
En octobre 2018, naît en France le mouvement des Gilets jaunes. En cause, l’augmentation de la taxe carbone. Elle est ajoutée au prix final de l’essence, du gazole, du fioul ou du gaz naturel. Dans le contexte d’une forte hausse du prix des carburants, cette mesure est perçue comme une atteinte au pouvoir d’achat dont l’augmentation sera une des revendications principales des Gilets jaunes. Mais, comment définir cette notion de pouvoir d’achat ?
Selon la définition de l’Insee sur le pouvoir d’achat, « le pouvoir d’achat correspond au volume de biens et services qu’un revenu permet d’acheter ». Son évolution est liée à celles des prix et des revenus (travail, capital, prestations familiales et sociales…).
Si la hausse des revenus est supérieure à celle des prix, le pouvoir d’achat augmente. En revanche, si la hausse des prix est supérieure à celle des revenus, le pouvoir d’achat baisse.
Ainsi, une augmentation des prix ne signifie pas forcément une baisse du pouvoir d’achat si la croissance des revenus est plus forte que celle des prix.
Quelques définitions
Plusieurs notions permettent de comprendre le pouvoir d’achat ou entrent dans son évaluation :
La revendication d’un pouvoir d’achat fort repose moins sur l’augmentation des revenus d’activité (principalement les salaires) et la baisse des prix que sur une augmentation des revenus supérieure à celle des prix. Selon beaucoup d’économistes, mieux vaut une inflation légère que pas d’inflation du tout.
Par ailleurs, les seuls revenus d’activité ne suffisent pas à calculer le pouvoir d’achat des ménages. Il est nécessaire de prendre en compte les prestations sociales et les impôts versés. La mesure de l’évolution du pouvoir d’achat des ménages peut donc s’avérer complexe.
Un ensemble de normes élaborées au niveau international permet de mesurer l’évolution du pouvoir d’achat des ménages d’une période à l’autre.
L’évolution du pouvoir d’achat est obtenue comme différence entre :
Le RDB est constitué :
desquels il faut soustraire les cotisations sociales et les impôts.

Le revenu disponible brut ajusté des ménages permet des comparaisons internationales. Le standard de pouvoir d’achat (SPA) est une unité monétaire artificielle qui élimine les différences de niveaux de prix entre les pays.
Cet outil est construit sur la base de l’indice des prix à la consommation. D’autres sources d’information sont utilisées. Le champ des produits suivis est plus large, entre autres les services :
Le « déflateur » permet de réduire l’écart entre le ressenti des ménages et la mesure des prix en adaptant l’IPC.
L’Insee collecte ainsi près de 390 000 prix chaque mois pour l’IPC :
Toutefois, l’évolution du pouvoir d’achat calculée par l’Insee ne renseigne pas sur celui des individus en moyenne pour deux raisons :
Pour cette raison, l’Insee a choisi de rapporter le calcul du pouvoir d’achat à des unités de consommation (UC).
Le calcul du pouvoir d’achat par UC permet de mieux rendre compte des situations individuelles. Les UC sont comptabilisées dans les ménages :
La notion d’unité de consommation permet de prendre en compte :
D’après un rapport de l’Insee de 2019, entre 2007 et 2018, le pouvoir d’achat :
La disparité de ces chiffres permet donc de mieux comprendre le décalage qui peut exister entre ressenti et statistiques.
Les évaluations du pouvoir d’achat sont souvent perçues par les ménages comme trop optimistes, malgré le calcul par unités de consommation.
Agnès Bénassy-Quéré, économiste de la Direction générale du Trésor, dans une analyse publiée le 15 novembre 2021, cite des chiffres de l’OFCE : entre 2018 et 2022, une famille de quatre (deux parents et deux enfants de moins de 14 ans, soit 2,1 UC) connaîtra une hausse du pouvoir d’achat de 334 euros par an et par UC, soit 3 500 euros en cumul sur 5 ans. Mais pourquoi ce gain n’est-il pas davantage ressenti ?
Une des explications est la dynamique des prix de l’immobilier, qui pèse sur le budget de 20% de la population (les ménages en cours d’accession à la propriété). Elle n’est prise en compte dans le pouvoir d’achat qu’au travers de l’indice des loyers (40% de la population). Une autre explication serait les hausses récentes du prix de l’énergie.
Dans le cas de l’inflation, lors du ré-étiquetage en euros, en 2002, il semble que « la perception des hausses de prix ait été plus aiguë pour les petits achats répétés (pain, café au comptoir, fruits et légumes, en hausse) que pour les gros achats occasionnels (appareils ménagers, en baisse) ». Les indicateurs agrégés officiels ne rendent pas toujours compte de l’inflation ressentie par les ménages.
Afin de rapprocher les chiffres du pouvoir d’achat du ressenti des ménages, l’Insee calcule aussi :
L’Insee présente ce décalage entre statistiques et ressenti comme un « malentendu, incarné par un pouvoir d’achat ressenti [qui] se nourrit largement de la confrontation entre un total national et des situations individuelles ». Le calcul de l’évolution du pouvoir d’achat est un indicateur macroéconomique qui concerne l’ensemble des ménages et n’est donc pas adapté aux situations individuelles.
Un des reproches fait par certains économistes à la méthode d’évaluation du pouvoir d’achat de l’Insee est de sous-évaluer les effets de l’inflation et la part des loyers dans l’indice des prix à la consommation. Selon l’Insee, le poids des loyers est faible dans l’IPC du fait que cette dépense est nulle pour les propriétaires. Une plus large prise en compte des dépenses de logement n’aurait qu’un impact limité sur la mesure de l’inflation.
Par ailleurs, l’achat de logement est considéré comme un investissement et non comme une dépense de consommation. Il n’est donc pas pris en compte dans l’IPC, alors qu’il pèse dans le budget de beaucoup de ménages. Toutefois, il est fréquent que la valeur d’un logement augmente avec le temps.
L’indice des prix, par ailleurs, est fondé sur un panier moyen qui ne peut prendre en compte ni les habitudes ni les contraintes individuelles.
Il y a une limite inhérente au raisonnement en moyenne : quelle que soit la convention choisie, la proportion de ménages pour lesquels le pouvoir d’achat n’évolue pas aussi vite que les chiffres reste importante. Le ménage moyen n’existe pas : certains sont propriétaires, d’autres non, l’IPC englobe ces réalités particulières sans pouvoir les retranscrire avec exactitude.
L’augmentation du pouvoir d’achat est une ligne récurrente des programmes des candidats aux élections. Mais quels sont les moyens d’action des politiques et des élus ?
Le gouvernement a peu de prises sur le revenu disponible brut des ménages. Le Smic est indexé sur l’inflation mesurée pour les 20% des ménages ayant les revenus les plus faibles. Sa revalorisation périodique est effectuée sur la base de la moitié du gain de pouvoir d’achat du salaire horaire moyen des ouvriers et des employés.
Le gouvernement peut par ailleurs décider d’un « coup de pouce » au Smic ; c’est alors un choix politique. Le dernier, de 0,6%, date de juillet 2012. Il portait à 2% une hausse en grande partie mécanique. Le « coup de pouce » représentait une augmentation horaire de 5 centimes d’euros.
Les dépenses pré-engagées et les dépenses incompressibles représentent une part croissante des dépenses de consommation des ménages (respectivement 34,6% et 28,2% en 2011). Selon l’Insee, entre 1960 et 2018, la part des dépenses pré-engagées dans le RDB est passée de 12,6% à 29,2%.
Dans ce contexte, les seuls leviers du gouvernement sur le pouvoir d’achat sont les prestations sociales et les prélèvements.
Ainsi, en réponse à la crise des Gilets jaunes, la loi du 24 décembre 2018 a mis en œuvre trois mesures d’urgence économiques et sociales :
De même, plusieurs mesures en faveur du pouvoir d’achat ont été prises ces dernières années, dont :
Dans le contexte d’une hausse exceptionnelle des prix de l’énergie (particulièrement l’électricité et le gaz), 5,8 millions de ménages bénéficiaires du chèque énergie 2021 se voient attribuer un chèque complémentaire de 100 euros.
Toutefois, comme le souligne la chef économiste de l’Insee, toutes ces mesures ont tendance à être atténuées, dans la perception des ménages, en regard de mesures défavorables intervenues sur la même période (renforcement de la fiscalité sur le tabac, baisse des aides au logement…).
Quels sont les effets de la pandémie de Covid-19 ?
Selon une étude de l’Insee de mai 2021, en 2020, le PIB dans la zone euro a diminué de 6,6%.
La chute de la consommation privée, surtout dans les services, est une conséquence de la crise sanitaire et des mesures prises afin de lutter contre la pandémie.
En France, le PIB a diminué de 7,9% en 2020. Le pouvoir d’achat a légèrement progressé (+0,4%) grâce aux dispositifs de soutien, mais la consommation des ménages a chuté de 7%. Les comportements se sont adaptés aux mesures de restriction. Lépargne des ménages a progressé de 90 milliards d’euros par rapport au niveau de 2019.
Selon une note de conjoncture de l’Insee de décembre 2021, le revenu disponible brut a augmenté de 3,9% en 2021 (contre +1% en 2020), du fait d’un rebond des revenus d’activité et d’un recul modéré des prestations sociales. Au quatrième trimestre 2021, la hausse des cotisations sociales et des impôts sur le revenu, consécutive à la hausse des revenus d’activité, est compensée par la poursuite de la réforme de la taxe d’habitation. Le pouvoir d’achat par unité de consommation augmente de 0,5%. Toutefois, l’Insee prévoit qu’il baisse de 0,5% pour les six premiers mois de 2022.
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