Reportage international – Covid-19 en Chine: Langfang face à l … – RFI

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En Chine, la déferlante Omicron a pris de court les services de santé. Les soins intensifs sont saturés, notamment dans les villes moyennes de la province du Hebei, autour de Pékin. Reportage à Langfang. 
De notre correspondant à Pékin et Louise May, du bureau de RFI en Chine,
Des chariots-brancards poussés avec l’énergie du désespoir, des visages fermés sous les masques, voilà plus d’un mois que l’hôpital de Langfang se bat contre une épidémie qui a surpris les campagnes alentours. Ici, on cultivait les céréales, les légumes, les fruits, quand tout le monde est tombé malade, suite à la levée abrupte des restrictions sanitaires. Après trois semaines de silence, les commerces et les restaurants rouvrent peu à peu. Les salariés masqués retournent au travail et des TGV qui toussent font le plein, matin soir, pour aller et revenir de la capitale chinoise située à une soixantaine de kilomètres. La vie normale a repris, dit la propagande. Mais pas aux urgences, où les personnes âgées, dans un état critique, continuent d’affluer.  
Les températures sont descendues jusqu’à -12°C ces derniers jours dans les plaines d’Hebei. De l’extérieur, la masse grise de l’hôpital Guandaojiu de Langfang semble frigorifiée. Une fois passées les grandes portes doublées de couvertures matelassées à l’entrée, les visiteurs aux regards inquiets accélèrent le pas, les bras chargés de couvertures, de vêtements et de victuailles pour les malades. Dans le hall d’accueil, les cris lancés aux smartphones sont autant de bouteilles jetées dans un océan d’incertitude : « c’est le troisième service d’urgence que je fais avec ma mère, martèle un homme d’une cinquantaine d’années et, à chaque fois, on nous répond qu’il n’y a pas de place ! »
La plupart des hôpitaux de Pékin et sa région ont poussé les murs pour répondre à l’afflux des fiévreux. Mais tous les établissements ne disposent pas des mêmes ressources. Un chauffeur de VTC ronge son frein : « nous devons nous battre pour trouver des cachets contre la fièvre et un lit pour soigner nos anciens, comment se fait-il que nos usines qui produisent autant de médicaments n’aient pas été informées de l’ouverture du pays ? ».
L’ouverture de la Chine et des villes chinoises, une autre manière de parler du relâchement de la politique de prévention et de contrôle de l’épidémie annoncé par la commission nationale de la santé le 7 décembre. L’explosion des contaminations qui a suivi ce changement à 180 degrés de la politique sanitaire, affecte en priorité les personnes âgées. « Tous les matins à 5 heures, j’avais de la fièvre et j’avais froid, raconte une septuagénaire. Je voulais prendre des médicaments antidouleurs, mais on en n’avait pas à la maison. J’ai envoyé mon mari en cherché, il n’en a pas trouvé ! J’y suis allée, j’ai fait sept ou huit pharmacies avant de trouver deux boites ».
Les récits se suivent et se ressemblent. Généralement, l’étape d’après, c’est une respiration altérée et un état de santé qui se dégrade rapidement. Puis, la tournée des établissements de soins, en panique, jusqu’à trouver celui qui peut prendre en charge une mère, un père, un oncle, une tante en grande souffrance. Mais pour cela, il faut d’abord prendre un numéro dans la file d’attente. Faute de place, les patients s’effondrent dans les couloirs ou sont allongés à même le sol. La plupart doivent patienter quelques jours sous dialyse avant d’être hospitalisés, pour celles et ceux qui ont de la chance.
C’est le cas de cet homme de 79 ans qui a fini par être accepté aux services des maladies respiratoires au huitième étage de l’établissement. C’est sa fille qui nous parle de lui et du combat qu’il a fallu mener pour arriver jusqu’ici : « Tout le monde a attrapé le Covid ici, affirme cette dernière. On a attendu en bas aux urgences pendant trois jours. Les médecins disent que les morts sont des personnes âgées, mais personne n’est venu nous voir. À chaque fois, on nous répondait : “il n’y a pas de lits.” Si vous n’avez pas de relations, ne pensez même pas à venir ici. »
Pas de lits sans « guanxi » (« relations » en chinois). Toutes les chambres du service des maladies respiratoires sont occupées par six patients, dont cette grand-mère de 74 ans, qui n’en revient pas d’être toujours en vie. « Vendredi dernier, je ne pouvais plus ouvrir les yeux, raconte-t-elle. Marcher entre le salon et ma chambre était devenu impossible. Mon fils m’a d’abord emmené aux urgences de l’hôpital du peuple, mais il y avait tellement de monde qu’on ne pouvait même pas s’assoir. Puis, ils ont pris une radio de mes poumons. Ils ont dit : “tes poumons sont devenus tout blancs, toutes les parties sont infectées.” Ma petite sœur a eu la trouille en voyant ça. Je ne sais pas comment elle a fait, mais elle m’a trouvé une place ici ! »
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Les « poumons blancs », marques de l’infection sur les scanners, ont envahi les réseaux sociaux. Ces images de bronches laiteuses ont rappelé à certains internautes les débuts de la pandémie à Wuhan il y a trois ans, déclenchant toutes sortes de rumeurs aussitôt démenties par les autorités. Ces dernières ont pourtant de plus en plus de mal à convaincre, comptes tenus notamment du manque de transparence sur les statistiques. En plus d’avoir cessé de publier les bilans quotidiens de l’épidémie, les critères permettant d’établir ce qui définit une mort du Covid, en l’occurrence la pneumonie et l’insuffisance respiratoire, ont été réduits.
Résultats : les médias d’État ne parlent jamais des décès liés à la pneumonie virale et répètent que la majorité des cas de contaminations au sous-variant d’Omicron sont asymptomatiques. « Cela fait 20 jours que mon beau-père est sous perfusions, s’emporte un voyageur croisé en arrivant à la gare. Ils parlent de 95 % de personnes qui n’ont pas de symptômes avec le Covid, mais moi, je n’en connais pas ! L’épouse du frère de mon père a été asymptomatique jusqu’au cimetière. »
Nouveau coup de feu au huitième étage de l’hopital de Langfang. Près de la sortie des ascenseurs, des lits de camps de fortune permettent à celles et ceux qui attendent des nouvelles de se reposer ou de pleurer. Une civière vient de franchir les portes battantes, direction les urgences avec un nouveau patient. « Mon père a 74 ans. Il est trop malade cette fois. Il a les poumons blancs. J’ai vu d’autres patients dans le service qui ont aussi les poumons blancs. Mais avec des symptômes plus légers, c’est possible de s’en sortir. Là, on ne sait pas. Ils l’ont emmené, mais rien n’est sûr, selon les médecins. On n’a rien dit à maman », confie la fille du patient, émue, qui vient de voir son père partir sur un brancard.
Rien n’est certain avec cette première épidémie, dont la région du Hebei a été l’épicentre mi-décembre. « Il y a des gens qui viennent des comtés voisins, confie une cheffe infirmière. L’hôpital reste sous pression et beaucoup de personnes âgées sont décédées. On fait tous notre maximum pour les sauver. Vous voyez ces respirateurs, ces équipements pour administrer de l’oxygène aux patients, mais leur corps est trop faible pour lutter contre ce virus. C’est vraiment une maladie qui décime les oncles et les tantes âgées. Et ça coûte très cher de rester en soins intensifs. »
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Les frais d’hospitalisation sont inabordables pour la plupart des familles. Il en est de même pour les funérailles. Comme à Pékin, les crématoriums sont débordés et obtenir une place ces jours-ci exige de la patience. Devant le grand funérarium de Langfang, les faux canons grimpés à l’arrière des pick-up funéraires font le tour du parking plusieurs fois par jour. Comme le veut la tradition, la pétarade vient chasser les mauvais esprits. Il n’y a presque plus de place pour se garer. Une épaisse fumée noire sort de la longue cheminée du salon mortuaire. « Il y a 4 à 5 fois plus de cérémonies en ce moment qu’avant l’épidémie, confie un employé à l’entrée. Il y a tellement de monde que l’on doit refuser des demandes. Avant, on comptait 8 à 10 personnes à incinérer par jour, en ce moment, c’est entre 30 et 50. »Puis l’homme vérifie dans son carnet. « L’affluence à commencer à partir du 11 décembre dernier. Ça a commencé après l’ouverture de la ville [la levée des restrictions sanitaires qui a entrainé une explosion des cas, NDLR]. »
Devant la salle de deuil, les familles se bousculent pour accompagner les défunts dans leur dernière demeure. Mais là aussi il faut patienter. « Nous avons dû attendre plusieurs jours avant d’obtenir une place, il y a 4 ou 5 morts qui attendent devant nous, indique l’un des accompagnants. Il y a tellement de morts du Covid, qu’ils gagnent de l’argent. La situation est sombre, et cela, à un prix pour les proches. Les frais d’hôpital, puis la morgue et la cérémonie funéraire, au total cela peut dépasser les 11 000 euros. » Une somme importante notamment pour les familles d’agriculteurs des environs encore sonnés, comme la plupart des habitants, par la fulgurance du mal qui décime les plus fragiles. « Ce virus est tellement fort que tout le monde a été touché, poursuit le chauffeur de VTC. Je n’avais pas attrapé de rhume en dix ans. Je n’avais pas de médicaments chez moi. Et j’ai été infecté comme la plupart des personnes que je connais en moins de six jours après la levée des restrictions sanitaires. »
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